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Fiesta en Andalousie
Marco Fortier

 
andalousie - Fiesta en Andalousie
C’était comme dans un film. En fin d’après-midi, les rues baignées de soleil se sont remplies de musique, de femmes aux robes colorées et de monsieurs aux cheveux gominés. On allait faire la fiesta. Toute la nuit. Et recommencer le lendemain.

Juste pour voir ces milliers de fêtards envahir les rues, dans la bonne humeur et les vapeurs de sangria, l’Andalousie vaut le détour.

Le sud de l’Espagne, pays du soleil, de la douce paresse et de la joie de vivre, est à la hauteur de sa réputation. Ça fête en grand, en Andalousie. Notre Saint-Jean-Baptiste, c’est de la petite bière quand on la compare avec les fiestas espagnoles.

Nous étions tombés par hasard sur ce mégaparty du Dìa de la Cruz, le «jour de la croix», au début de mai, dans la superbe ville de Granada. Ç’a été une des agréables surprises de cette virée printanière au pays de Picasso.

Éviter les foules
Fin avril, début mai, c’est un des meilleurs moments pour atterrir en Andalousie. Il fait beau, mais pas trop chaud comme en plein été. Et on évite le déluge de touristes qui se déverse dans la région en juillet et août.

En deux petites semaines, on a eu le temps de se tremper les pieds dans la Méditerranée, de grimper dans les spectaculaires montagnes de la Sierra Nevada et de se rincer l’oeil à Granada et Cordoba, bijoux d’architecture et d’histoire.

Évidemment, l’Espagne n’est plus ce qu’elle était. Bien sûr que les femmes mettent leurs costumes folkloriques pour danser le flamenco les soirs de fiesta, mais on n’est pas vraiment dépaysé en Andalousie. C’est l’Europe. Riche, frondeuse, sûre d’elle.

On n’est pas trop dépaysé. On est surtout émerveillé. Étonné. Subjugué par les monuments que sont l’Alhambra, à Granada, et la Mezquita, à Cordoba, témoins des guerres qui ont opposé chrétiens et musulmans depuis plus de mille ans.

Il n’y a pas que des vieilles pierres dans ces villes cosmopolites. On mange plutôt bien, on boit beaucoup et on peut magasiner très très tard, croyez-en ma blonde, une pro du shopping.

Un peu d’air pur
Pour fuir les foules après une semaine mouvementée, rien de mieux que l’air pur des Alpujarras, superbes montagnes qui font partie de la Sierra Nevada.

La petite route serpente entre une série de hameaux pittoresques qui semblent tout droit sortis du Maroc. Ce sont les «villages blancs», aux maisons de béton inspirées par les Berbères qui sont venus ici cultiver les vers à soie, au XVe siècle.

Lanjaron, Orgiva, Pampaneira, Bubion et Capileira accueillent les randonneurs et les promeneurs du dimanche. Menu de montagne dans les restos locaux: viande séchée, saucissons, patates. Avec un gros rouge qui tache. Excellent, quand on a marché toute la journée.

Et comme la mer n’est jamais loin en Andalousie, aussi bien en profiter pour tâter les plages de la Costa del Sol. Honnêtement, on a déjà vu mieux que ces kilomètres et ces kilomè-tres de côtes bétonnées, où se bousculent les condos et les grands hôtels.

Mais l’hiver québécois étant ce qu’il est, on résiste difficilement à l’envie de siroter una cerveza, les fesses dans le sable, quand on en a la chance.

Granada, la ville cool
Dans les ruelles étroites, tout en pente, du quartier arabe, on se croirait au Maroc. Les petits cafés servent le thé à la menthe, les marchands de tapis côtoient les vendeurs de couscous.

Le quartier albayzin donne à Granada des allures de dimanche après-midi même les jours de semaine. C’est l’endroit pour flâner, marcher, humer l’air du temps et les effluves de marijuana.

Les milliers d’étudiants peuplant la ville — dont plusieurs étrangers venus apprendre l’espagnol — se donnent rendez-vous dans le quartier pour étudier, lire ou jouer de la musique, dans les rues, dans les bistros et dans les parcs.

C’est cool, Granada. Les jeunes, ici, semblent tous sortis d’une manif antimondialisation. La ville a pourtant un vieux fond conservateur qui a coûté la vie au poète national Federico Garcia Lorca et à 4 000 autres «gauchistes» sous la dictature de Franco, à compter de 1936.

Comme dans toutes les vieilles villes espagnoles, chaque pierre de Granada suinte l’Histoire, les guerres de religion et les luttes de pouvoir. Les hauteurs du quartier arabe, justement, offrent une très belle vue sur l’Alhambra, véritable forteresse conquise tour à tour par les juifs, les musulmans et les chrétiens.

Il faut passer au moins une journée dans cet immense domaine témoin de la folie des grandeurs des seigneurs de guerre qui ont possédé l’Alhambra. Les jardins magnifiques du Generalife, la demi-douzaine de palais et les remparts de l’Alcazaba impressionnent les visiteurs nord-américains, peu habitués au spectacle des vieilles pierres.

Repères

  • L’Andalousie s’étire sur environ 550 kilomètres, d’est en ouest, le long de la Méditerranée au sud de l’Espagne. La région, aussi grande que le Portugal, forme 17 % du territoire espagnol.
  • Le climat varie entre les montagnes et la région côtière. Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) sont deux bonnes périodes pour se rendre en Andalousie parce qu’il fait beau et pas trop chaud. Il fait environ 22 degrés Celsius à Granada au printemps, alors que le mercure peut grimper jusqu’à 36 degrés en juillet.
  • On évite la cohue de l’été, les bouchons de circulation et les hôtels qui affichent complet en voyageant au printemps ou à l’automne.
  • La monnaie est l’euro. Les cartes de crédit sont acceptées partout. Il y a des guichets automatiques partout, comme ici.

Carnet de voyage

  • Il existe de belles plages pas trop fréquentées le long de la Costa del Sol, pourtant ultradéveloppée. Le Cabo de Gata, au sud-est de l’Andalousie, est moins bétonné que les pièges à touristes que sont devenus Torremolinos, Malaga et Torre del Mar.
  • Près de 3 000 personnes vivent dans des… cavernes à Guadix, une cinquantaine de kilomètres à l’est de Granada, par la route 92. Cette charmante petite ville, érigée sur un éperon rocheux, est célèbre pour ses maisons construites à même la montagne. Un musée permet de visiter un modèle de ces habitations hors du commun.
  • Le flamenco, cette musique chaude et sensuelle, est né en Andalousie. Les fillettes apprennent très jeunes à danser à ces rythmes influencés par la culture du Maghreb.
  • Les routes sont généralement belles en Espagne. Ça roule vite. Très vite. Certaines autoroutes affichent une limite de 120 km/h, mais on se fait doubler même en roulant à 165 km/h.
  • On connaît surtout l’huile d’olive d’Italie, mais l’Andalousie en produit beaucoup, et de la très bonne. Ça vaut la peine d’en faire une provision.

 
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