RAYMOND LÉVESQUEUne vie d’ombre et de lumière11-10-2008 | 04h00
Dernière modification : 10-10-2008 | 14h08
Céline Arsenault s’est mis en tête de redonner à Raymond Lévesque la place qui lui revient. Jamais elle n’aurait cru que ce travail serait aussi ardu.
«Il n’est pas facile de faire la biographie d’un homme qu’on connaît aussi bien, avoue-t-elle. Si j’avais su tout ce que ça impliquait, je ne me serais jamais engagée dans cette réalisation. Il y a eu tellement de choses à faire, des fouilles dans les archives, la libération des droits pour reproduire les chansons, des entrevues à distance avec Raymond. À cause de sa surdité, ça ne rendait pas les choses faciles.»
Aventurier bien avant l’heure, on le retrouve en France, où il sillonne le circuit des cabarets et des boîtes de la Rive Gauche. Parolier respecté, ses chansons sont interprétées entre autres par Eddie Constantine, Bourvil, Jeanne Moreau, Cora Vaucaire, Jean Sablon. Au Québec, il fait sa marque au théâtre dans des créations de Marcel Dubé et poursuit parallèlement sa vie de chansonnier dans les boîtes à chansons et les salles de spectacle, entre autres la Comédie-Canadienne. Céline Arsenault rappelle les Bozos, qui rassemblaient autour de lui Claude Léveillée, Clémence DesRochers, Hervé Brousseau et Jean-Pierre Ferland, la création de la troupe de théâtre La Jeune Scène avec Guy Godin, Monique Miller et Robert Rivard.
Raymond Lévesque a vécu une vie hors du commun. Céline Arsenault en témoigne de belle manière. Derrière ses mots, on devine sans peine toute l’affection et l’admiration vouées à cet homme, un troubadour qui marque toujours l’histoire du Québec.
Un homme rempli d’amour et de tendresseMue par l’affection qu’elle porte au chantre Raymond Lévesque, père de ses enfants et de qui elle a toujours été proche, Céline Arsenault s’est attelée à la tâche de rendre hommage à ce grand bâtisseur de la chanson québécoise. De sa maison de la baie des Chaleurs, en Gaspésie, où elle habite depuis plusieurs années, Céline Arsenault, conjointe pendant dix années de Raymond Lévesque, a travaillé d’arrache-pied avant que cette œuvre voit enfin le jour. La veille de son 80e anniversaire, Raymond Lévesque, qui n’en a lu que des extraits, a reçu ce beau livre comme un immense cadeau. De son côté, l’auteure est allée au bout d’un mandat dont elle a eu plus d’une fois le goût de se débarrasser. «J’ai arrêté souvent, dit-elle, souvent avec en tête l’idée farfelue d’une interruption de grossesse. Finalement, l’enfant est arrivé à terme.» Les difficultés se sont succédé. Batailles à finir avec la maison d’édition qui possède les droits de plusieurs chansons de Raymond, coûts supplémentaires pour libérer ces droits, Céline Arsenault a été plus d’une fois aux prises avec le découragement. Elle tenait plus que tout à réhabiliter dans son entier le personnage de Raymond Lévesque et son œuvre. «Nous avons connu ensemble une vraie complicité, se souvient-elle. Je suis proche de Raymond depuis 30 ans. J’ai par ailleurs la passion des mots, de la communication. Je voulais rendre justice à son œuvre. De mon point de vue à moi, j’ai entrepris une recherche. Je voulais savoir de quelle façon il écrivait une chanson.» À partir des agendas de Raymond Lévesque, qu’il conserve soigneusement depuis 1954, des bouts de papier, des photographies, elle a refait le parcours.
«J’ai vu tous ces fragments de vie comme autant de morceaux du puzzle de son existence. C’est de cette façon que j’ai établi les chapitres de sa vie.»
«Il a très hâte de lire le livre. Je crois que tous y verront qu’il est rempli d’amour et de tendresse. Raymond a été mon frère, mon père, mon enfant, mon mari. Mais il reste que ça n’a pas été facile de trouver la bonne mesure. Ce n’est pas facile d’écrire la biographie de quelqu’un qu’on connaît si bien! Il y a des choses qui peuvent être dites, d’autres qui le peuvent beaucoup moins.»
Dans le but de faire connaître Raymond Lévesque à la jeune génération ou à ceux qui le connaissent mal, Céline Arsenault a mené toutes griffes dehors des batailles pour libérer les droits de chansons parmi les plus importantes de la carrière du poète. Sur ce point, elle reste discrète, craignant de raviver les tensions.
Céline Arsenault, l’intime de Raymond Lévesque, avoue avoir appris beaucoup au cours de ce travail. «J’ai perçu sa profondeur, sa grande souffrance, je me suis retrouvée face à une personnalité plus complexe que je ne le pensais. Mes enfants et les enfants du Québec doivent le savoir. Je me suis accrochée à cette idée.» Le livre, documenté avec un grand soin, a plu à ses premiers lecteurs. Plusieurs y ont vu la fluidité d’un récit romanesque. Céline Arsenault en est fière. Cette semaine, pour le 80e anniversaire de Raymond Lévesque, elle lui remettait un cadeau bien enrubanné. Aux Éditions de l’Homme.
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