Accueil Divertissement
 
 
JDM
Gabriel Gascon - Monument de l’art dramatique
LE JOURNAL
À 82 ans, Gabriel Gascon refuse de plier l’échine et endosse au cinéma, dans le drame Adam’s Wall, le dramatique personnage d’un rabbin.

GABRIEL GASCON

Monument de l’art dramatique

par Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
12-10-2008 | 04h00
«Ah! que c’était le bon temps, c’était héroïque…» murmure avec une nostalgie certaine le grand homme de théâtre, comédien et acteur Gabriel Gascon quand on lui rappelle son premier rôle au cinéma.

C’était en 1951, une année importante dans l’histoire du cinéma d’ici avec le tournage d’Étienne Brûlé, gibier de potence, premier film canadien en couleur avec versions anglaise et française simultanées.

«Le réalisateur s’appelait Melburn Turner, un anglophone qui parlait à peine français et moi à peine anglais. Le film raconte l’histoire d’un coureur des bois au temps de Samuel de Champlain. Paul Dupuis avait le rôle principal et moi je jouais un Indien. On a tourné dans le Nord, trois mois à se promener en canot à fuir les moustiques.»

Cinquante-sept années plus tard, Gabriel Gascon aborde chaque rôle et chaque personnage avec la même passion qu’à ses débuts. «J’adore jouer, c’est mon métier, c’est ma vie.»

LE RABBIN LEVY

Si on cause de lui comme ça aujourd’hui, c’est que ce monument de l’art dramatique intervient sous le personnage dominant, autoritaire et foncièrement malheureux du rabbin Levy dans le drame Adam’s Wall, de Michael Mackenzie.

«J’ai aimé ce personnage dramatique dès ma première lecture du scénario et j’avoue ne pas avoir eu beaucoup de temps d’y penser parce qu’on m’a pris à la dernière minute. J’ai accepté, le lendemain je passais chez le costumier et le tournage débutait peu après. Pour en revenir au rabbin Levy, c’est un être triste et amer qui pleure ses enfants et la mère du jeune Adam, tués par des terroristes au Moyen-Orient.»

Il ne lui reste qu’Adam, orphelin qu’il élève dans la plus stricte orthodoxie religieuse dans le quartier du Mile End montréalais. «Il traîne cette peine et son malheur et on comprend sa réaction de colère quand Adam, qui a 18 ans, tombe amoureux d’une jeune Libanaise.»

COUP D’ÉPÉE DANS L’EAU?

Le film porte-t-il un message d’espoir permettant d’entrevoir un rapprochement entre ethnies aussi opposées?

«C’est de la fiction, j’habite Outremont depuis une trentaine d’années et je connais pas mal la communauté juive orthodoxe, dit Gabriel Gascon. Ces gens ne causent pas, quoique certains soient affables – parfois une grand-mère dira bonjour –, mais règle générale, ils fixent le trottoir. Je vis dans ce ghetto, ces gens n’ont aucun contact, ils sont froids, fermés et distants… sauf quand ils ont besoin de vous. Comme tourner le thermostat lors d’une vague de froid.»

NOSTALGIQUE DU THÉÂTRE

À choisir entre le cinéma et le théâtre, Gabriel Gascon ne s’offre pas même la moindre hésitation. «Le théâtre me manque beaucoup, c’est autre chose que d’être là tous les soirs, c’est un spectacle.

On fait un effort, on se renouvelle chaque jour, c’est passionnant que de jouer 500 fois la même pièce avec la même ardeur. Je me suis toujours aussi bien préparé pour la première (représentation) que pour la dernière. J’associe les acteurs de théâtre aux acrobates de cirque: ils ne font pas semblant.»

Vers la fin de l’entrevue, Gabriel Gascon soupire. «J’ai aimé la vie que j’ai vécue, je n’ai aucun regret, mais je ne suis pas là pour bien longtemps encore. J’ai 82 ans, il y a une fin à tout.»

En l’attendant, il se consacre au scénario de film qu’il écrit. Il s’y est donné un rôle et souhaite le réaliser en partie. «Mais je ne peux en parler, c’est encore très loin, tout ça.»

haut