PASSCHENDAELEL’oeuvre d’un seul hommepar Maxime Demers Le Journal de Montréal 11-10-2008 | 04h00
Pas surprenant que les attentes soient énormes envers ce Passchendaele, production de 20 M$ qui a ouvert le plus récent Festival de Toronto et qui sort en salle partout au pays vendredi. Passchendaele est en quelque sorte l’oeuvre d’un seul homme, l’acteur, réalisateur et producteur canadien Paul Gross (l’acteur de Due South qui a réalisé notamment la comédie populaire Men With Brooms). L’histoire du film est très largement inspirée des souvenirs de son grand-père et c’est lui qui a écrit, réalisé et co-produit le long métrage, en plus d’y avoir campé le rôle principal.
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Son amour pour la jolie infirmière le ramènera au front quelques mois plus tard, cette fois-ci pour protéger le frère de cette dernière, qui s’est lui aussi enrôlé dans l’armée par amour.
CONFIDENCES D’UN GRAND-PÈREComme son titre l’indique, le film de Gross revisite la bataille de Passchendaele, un chapitre connu de l’histoire du Canada quand, en 1917, en Belgique, des milliers de soldats canadiens ont contribué à la victoire de cette bataille importante de la Première Guerre mondiale. Pour écrire l’histoire du film, Paul Gross s’est inspiré des confidences de son grandpère qui a été blessé trois fois pendant la Première Guerre mondiale. «À son retour de la guerre, mon grand-père s’est pendant longtemps fait très discret au sujet de son expérience là-bas», raconte Gross, rencontré au Festival du film de Toronto en septembre dernier, quelques heures avant la première mondiale de son film. «Je ne crois pas qu’il était prêt à s’ouvrir sur le sujet ni même qu’il avait le vocabulaire pour en parler. Comment on fait pour décrire des horreurs comme celles-là? Puis, plusieurs années plus tard, quand j’avais 15 ans, je suis allé à la pêche avec lui et il s’est ouvert à moi. D’ailleurs, la première histoire qu’il m’a racontée, c’est la première scène du film. «Le reste de l’histoire est de la fiction, l’histoire d’amour, notamment, mais je me suis basé beaucoup sur ce qu’il m’a raconté de son expérience là-bas. Il m’a donné quelques détails sur comment ça se passait là-bas, qui m’ont servi pour l’écriture du film.»
DHAVERNAS SANS AUDITIONGross dit avoir beaucoup lu sur la Première Guerre mondiale au fil des quelque huit années qu’il a prises pour tenter de trouver l’argent pour son film. «Ça n’a jamais été une obsession, mais j’ai toujours été très curieux au sujet de cette guerre. J’ai beaucoup lu sur le sujet. Et cette guerre est très complexe, beaucoup plus complexe et obscure que la Seconde Guerre mondiale. Mais ce que j’ai trouvé le plus intéressant sur le sujet, ce sont les lettres ou les poèmes qui ont été écrits à l’époque par les soldats au front.» Autour de lui, Paul Gross, 49 ans, a réuni dans son film plusieurs acteurs canadiens connus dont Adam Harrington (Surviving My Mother), Gil Bellows (Ally McBeal) et, bien sûr, Caroline Dhavernas. Gross a engagé l’actrice québécoise sans même lui avoir fait passer d’audition, après l’avoir vue dans le film hollywoodien Breach. «C’est une actrice extraordinaire, souligne- t-il. Elle est, bien sûr, très belle, mais elle a aussi une intelligence émotionnelle remarquable. Elle est lumineuse et je crois qu’elle a tellement de talent qu’elle pourrait jouer n’importe quoi.»
Faire beaucoup avec peuTrouver l’argent pour financer Passchendaele a été une aventure en soi: «Il faut être un peu fou pour essayer d’aller chercher un budget de 20 M$ au Canada», admet Paul Gross. «Mais en même temps, 20 M$, c’est énorme pour le cinéma canadien, mais c’est très peu pour un film de guerre de ce genre», nuance l’acteur et réalisateur. «Je ne crois pas qu’un studio hollywoodien aurait songé à faire ce film sans avoir 100 millions de dollars en main. Et croyez-moi, il y a des jours où j’étais sur le plateau de tournage et où je me disais que ce serait bien d’avoir 80 millions de dollars supplémentaires. C’est très difficile de tenter de faire un film comme ça avec un si petit budget. Mais c’est connu, au Canada, comme au Québec, on a appris à faire beaucoup avec peu…» Gross a eu l’idée de faire un film sur la bataille de Passchendaele il y a déjà près de dix ans. «Niv Fichman (l’autre producteur) et moi avons lancé l’idée il y a sept ou huit ans, confirme l’acteur et réalisateur. Au début, on avait en tête de faire une coproduction avec l’Angleterre. Les coproductions ont leurs avantages parce qu’elles offrent la possibilité d’aller chercher plus d’argent, mais en même temps, c’est parfois délicat parce qu’il faut satisfaire tous les pays impliqués. Et nous, on voulait une histoire purement canadienne mettant en vedette des Canadiens.»
INVESTISSEURS PRIVÉSOutre les bailleurs de fonds habituels (dont Téléfilm Canada), Gross et Fichman se sont donc tournés vers les investisseurs privés pour boucler leur budget. «Il a fallu convaincre beaucoup de gens et ç’a été très long, mais j’ai découvert qu’il y a plus d’intérêt qu’on le pense du côté du privé», indique Gross. Pour lui, c’est justement le système de financement, basé sur les fonds publics, qui empêche la production de films ambitieux comme Passchendaele. «On doit réfléchir sur la façon dont on finance nos films. Il y a 25-30 ans, on a pris la décision collective qu’on ne pouvait compétitionner avec les films à gros budgets et que le cinéma canadien se concentrerait sur des oeuvres plus intimistes et personnelles en espérant qu’elles soient retenues dans des festivals comme Cannes. Ça guide un certain type de film qui ne coûte pas nécessairement cher et qui ne va pas chercher un large public. «Mais je crois que depuis quelques années, il y a une volonté de faire du cinéma plus ambitieux et commercial, une volonté qui vient d’ailleurs en grande partie du Québec. Et je crois que c’est une bonne chose pour la santé de notre cinéma.» |