UN BUSH MÉDIOCRE MAIS TOUCHANT
W par Oliver Stone
Maxime Demers
Le Journal de Montréal
10-10-2008 | 06h30
Étudiant médiocre, délinquant porté sur la bouteille, paresseux notoire incapable de conserver un boulot plus d'une semaine, George W. Bush faisait la honte de son père pendant les années 70. Il est pourtant devenu trente ans plus tard le 43e président des États-Unis.
Voilà en gros le George W. Bush que nous présente le cinéaste Oliver Stone dans son très attendu W, qui sort en salle le 17 octobre, moins de trois semaines avant l'élection présidentielle.
Mais contrairement à ce que plusieurs attendaient, Stone n'a pas descendu en flammes l'actuel président. Sans être flatteur (au contraire !), son portrait est plutôt tendre, voire touchant. Le réalisateur de JFK, Platoon et Born on the Fourth of July nous présente un homme ordinaire, simple, innocent et peu instruit, qui n'avait tout simplement pas les outils pour devenir président des États-Unis.
On rencontre George W. Bush (joué par Josh Brolin) la première fois dans le film lors d'une réunion à la Maison-Blanche. Le sujet de la discussion : le choix du terme «Axis of Evil» pour décrire les gouvernements mêlés au terrorisme. On est en 2002, quelques mois après le 11 septembre 2001. Le W campé par Brolin est un homme confus, arrogant, qui ne semble pas comprendre l'importance des enjeux qui se jouent dans son bureau. Triste constat.
Le film de Stone alterne par la suite entre des scènes célèbres d'un passé récent (l'accident du bretzel dans la gorge, le déclenchement de la guerre en Irak) et son improbable ascension vers la présidence des États-Unis. On le voit notamment, jeune, faire la fête dans des bars country et se faire sermonner par son père après s'être fait arrêter pour alcool au volant. Cette période de sa vie ferait d'ailleurs une bonne publicité pour Jack Daniels, tant le jeune W aime lever le coude.
L'emprise de Bush père
Bush vaincra plus tard ses problèmes d'alcoolisme après avoir eu un malaise en faisant du jogging au lendemain de son 40e anniversaire. Il se rabattra sur Dieu. Et pas juste un peu. Sa foi lui permettra selon lui de renaître à nouveau et de devenir, bien sûr, une meilleure personne.
George Bush père occupe aussi beaucoup de place dans le film de Stone. Complexe et déchirante, la relation de W avec son père vient d'ailleurs troubler souvent son parcours. Une scène onirique du film résume assez bien comment Stone perçoit cette malsaine relation père-fils : on voit Bush père dire à son fils qu'il a bousillé la réputation des Bush avec le fiasco de l'Irak.
Tout au long du film, on sent cette oppression du père qui vient continuellement démolir la confiance du fils. Stone nous présente un W qui a toujours voulu se détacher de l'emprise de son père et qui a toujours vécu avec un sentiment d'infériorité. Car Bush père préférait son autre fils, Jeb, qui lui ressemblait plus.
Mais, contre toute attente, c'est finalement son fils le moins doué et le plus rebelle qui a suivi ses traces en accédant à la présidence des États-Unis. Autre preuve que la vie est remplie de surprises...
W, d'Oliver Stone, sort en salle le 17 octobre.