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Célébrités - L'écrivain Léopold Sedar Senghor est mort
© AFP
Leopold Sedar Senghor et sa femme Colette dans le jardin de leur maison de Verson, en France, le 11 mai 1989.

CÉLÉBRITÉS

L'écrivain Léopold Sedar Senghor est mort

Canoë Tempo d'après AP
21-12-2001 | 05h03
Léopold Sédar Senghor est mort jeudi après-midi. Il s'est éteint à l'âge de 95 ans à son domicile français de Verson. On n'a pas précisé la cause de sa mort mais il avait souffert dans le passé de problèmes cardiaques.

La semaine dernière, il avait été hospitalisé pendant quatre jours au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen où son état avait été qualifié vendredi de «très critique». L'ancien président avait finalement quitté l'hôpital vendredi pour rentrer chez lui à Verson. Léopold Sédar Senghor avait été le premier président du Sénégal, de l'indépendance, en 1960, à 1980. Réélu en 1963, 1968, 1973 et 1978, dans un pays très majoritairement musulman, il démissionnera de son plein gré fin 1980 en faveur de son premier ministre d'alors, Abdou Diouf. Poète, chantre de «la négritude», il était membre de l'Académie française depuis 1983.

La «négritude» orpheline de son poète-président

Il disait qu'il préférerait passer à la postérité en tant que poète plutôt qu'en tant que chef d'État. Léopold Sedar Senghor était pourtant l'un et l'autre. Il fut également le premier Africain à entrer à l'Académie française.

De petite taille, cet homme aux manières douces cachait aussi une volonté politique de fer et méprisait l'arrogance de certains des jeunes dirigeants africains des Indépendances. Nationaliste africain, il ne renia cependant jamais la culture de la colonie dont il était issu, tout en étant un pilier de la francophonie.

Certains le qualifiaient de néo-colonialiste, de marionnette de Paris. Senghor se contentait de hausser les épaules et de souligner la stabilité, les progrès et la paix dans son pays, au cœur d'un continent secoué par les coups d'État et les guerres tribales.

Léopold Sedar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal (130km à l'est de Dakar), dans une famille catholique de la petite ethnie serere. Élève chez les pères, il étudie ensuite au lycée parisien Louis-Le-Grand, où il se liera d'amitié avec Georges Pompidou, futur président français. C'est à ce dernier qu'il présentera Claude, sa future femme.

C'est l'heure des premières amours: poésie, littérature, culture. Premier agrégé de lettres de l'Afrique noire francophone en 1935, Senghor enseigne dans plusieurs lycées de métropole, tout en initiant avec Aimé Césaire le mouvement de la «négritude».

Négritude, «soleil de l'âme» et «truelle à la main», combat pour la dignité et la spécificité culturelle des noirs. «Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France», tonne le jeune colonisé francophile. Devenu français, il est mobilisé pendant la Seconde guerre mondiale, puis fait prisonnier. C'est d'ailleurs en captivité qu'il écrit certains de ses poèmes les plus poignants.

À l'heure où est publié son premier recueil de poèmes, Chant d'ombres, sa carrière politique commence, avec la IVe république: député du Sénégal en 1946, régulièrement réélu jusqu'en 1958, délégué de la France à l'UNESCO ou à l'ONU, secrétaire d'État... Puis Senghor, qui a quitté la SFIO pas assez africaine à son goût et fondé le Bloc démocratique sénégalais (BDS), repart pour l'Afrique, devenant le premier président du Sénégal en 1960.

Réélu à quatre reprises, celui que certains de ses pairs taxent de «néocolonialiste» gouverne avec poigne, mais sans excès un pays qui tranche par sa stabilité sur le reste de la région. Authenticité, socialisme à l'africaine, mais aussi pro-occidentalisme et maintien de la présence française, le Sénégal de Senghor est un exemple.

Senghor sera le premier chef d'État africain à quitter volontairement le pouvoir: le 31 décembre 1980, il démissionne, conformément à la Constitution, en faveur de son premier ministre et dauphin désigné, Abdou Diouf. Un départ prévisible. Senghor disait toujours qu'il était arrivé à la politique par accident et que sa vocation était l'enseignement et l'étude de la culture en général...

Retour à ses premières amours, donc. Certes, Senghor assume le rôle de «sage» de l'Afrique et ne tourne pas le dos à la politique, mais surtout, il est couronné en 1983 par son admission au cénacle des Immortels, à l'Académie française, la plus haute institution française des arts et lettres. Pour des œuvres comme Les Hosties noires, Les Éthiopiques, Nocturnes, Lettres d'hivernage, Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache...

Et ce n'est pas par hasard que la première université francophone, fondée à Alexandrie en Égypte porte le nom de Léopold Sedar Senghor, le plus fervent des francophiles.

Marié en secondes noces avec une Normande, Colette Hubert, Senghor vivait depuis des années à Verson, près de Caen (Calvados). Et de plus en plus discrètement: il n'avait pas été vu en public depuis son 90e anniversaire, célébré en grande pompe mondiale il y a cinq ans.

Le prénom Sedar - en langue nationale sénégalaise serere, «celui qui n'aura jamais honte» - a été vérifié pour cet homme qui a cumulé tous les honneurs, entre Europe et Afrique, poésie et politique, pour une «civilisation de l'universel».

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