Accueil Divertissement
 
JDM
Ovo - Un monde d'insectes
Courtoisie

OVO

Un monde d'insectes

18-04-2009 | 04h00
Le nouvel univers du Cirque du Soleil est peuplé de personnages qui grouillent, qui se tortillent et s’empilent les uns sur les autres. Ils sont écailleux, souples, répugnants ou attachants.

Dans Ovo, qui prend l’affiche jeudi au Vieux-Port de Montréal, les clowns cèdent la place à un monde d’insectes plus grands que nature.

Le spectacle commence avec l’apparition d’un oeuf gigantesque qui vient bousculer l’existence de ces milliers de petits insectes qui s’agitent à nos pieds.

La scène devient alors le théâtre d’un défilé de fourmis, de sauterelles, de coccinelles et même de coquerelles qui bougent dans tous les sens.

«J’ai voulu montrer le quotidien des insectes, commence la metteure en scène, auteure et chorégraphe Deborah Colker.

«Les insectes volent, s’étirent, sautent, bondissent et courent. Mais, au quotidien, ils mangent aussi, et ils dorment, se reposent, se battent, s’amusent et travaillent. J’ai voulu montrer tout ça.»

Originaire du Brésil et issue du milieu de la danse, Deborah Colker a surtout voulu jouer avec les contrastes: «Le grand et le petit, l’homme et la femme, l’érotisme et la sexualité.»

Au départ, le Cirque du Soleil a commandé à Deborah Colker et son équipe un spectacle sur la biodiversité et la nature.

«Les fleurs, les plantes, la nature; c’était très large, admet-elle. Alors, il a fallu “focusser” sur un point en particulier, et nous avons ciblé les insectes qui m’inspiraient beaucoup par leurs mouvements», dit-elle en étirant les bras et en renversant la tête vers l’arrière.

  • Au total, 53 artistes de 13 pays font partie de la distribution de Ovo. Parmi eux, six sont Québécois.
  • Ovo sera présenté sur les quais du Vieux-Port de Montréal du 23 avril au 19 juillet. La première mondiale est prévue le 8 mai. Le spectacle sera ensuite présenté à Québec, à Toronto, puis aux États-Unis.

UN SPECTACLE FAMILIAL

Après deux ans de travail, le spectacle se révèle haut en couleur et très acrobatique.

«En parlant d’insectes, on peut penser que ça s’adresse aux enfants, mais, en réalité, c’est un spectacle familial. Les enfants verront le show d’une façon, et les adultes le verront d’une autre», dit Mme Colker.

Chantal Tremblay, qui a déjà travaillé sur plusieurs spectacles du Cirque du Soleil, dont LOVE, à Las Vegas, agit cette fois à titre de directrice de création.

«L’équipe est formée de nouvelles personnes à 95%, indique-t-elle, et il y a eu beaucoup de travail à faire pour rassembler cette équipe-là. Ce sont des gens d’une autre culture, qui venaient très souvent de l’extérieur du pays», dit-elle.

Avec Ovo, le Cirque du Soleil voulait de nouveaux créateurs, sans toutefois s’éloigner de sa marque.

«Parfois, il faut aller loin pour mieux revenir», révèle Chantal Tremblay.

Le spectacle ne porte pas de message social, bien qu’il s’inscrive en ligne directe avec le combat que mène Guy Laliberté pour donner l’accès à l’eau potable à tout le monde, partout sur la planète.

«Guy (Laliberté) souhaite que les gens prennent conscience du monde dans lequel on vit, du monde qu’il laisse à ses enfants», souligne Gilles Ste-Croix, guide artistique du Cirque.

L’entomologiste George Brossard, un ami de la troupe québécoise, lui a d’ailleurs souvent conseillé de faire un spectacle sur le monde des insectes.

«C’est quelqu’un qu’on a beaucoup croisé par le passé, au début des années 2000, à une époque où on voulait faire des insectariums dans nos complexes du cirque. Il me disait tout le temps que ce serait une bonne idée de faire un spectacle là-dessus», raconte Gilles Ste-Croix.

Courtoisie

UNE TOUCHE FÉMININE

Le spectacle, qui est le 25e du Cirque à sa 25e année d’existence, est aussi marqué par la prédominance des femmes qui, pour la première fois, dirigent le spectacle.

«Je me sens comme un homme, lance Deborah Colker en éclatant de rire. Sans blague, je suis très fière et très contente. D’autant plus que la haute direction du Cirque est très «homme», très tough», souligne-t-elle.

«On sent une certaine sensibilité féminine dans le spectacle», ajoute Chantal Tremblay.

Selon Gilles Ste-Croix, la touche féminine du spectacle se retrouve dans l’intuition des créatrices.

«Il y a beaucoup de choses qui se passent au niveau du senti, de l’impression. Des fois, je disais que quelque chose n’avait pas de bon sens et on me demandait pourquoi il fallait qu’il y ait un sens. Ce n’est pas toujours évident de gagner dans un débat avec une femme. C’est toujours une négociation», dit-il en riant.

Une seconde peau

Les costumes du spectacle, eux aussi confiés à une nouvelle créatrice, sont des plus imaginatifs.

Le mandat de Liz Vandal était de créer des costumes qui «évoquent» les insectes sans imiter leur apparence.

«On a pris le feeling de l’insecte, commence-t-elle. Prenons par exemple la coquerelle. Quand on la regarde de près, c’est un très bel insecte avec ses carapaces et son aspect patiné, très lisse. C’est aussi beau qu’un papillon. Mais quand on pense à la coquerelle, on pense à quelque chose de sale et de répugnant. C’est de cette façon-là que j’ai pensé les costumes.»

Liz Vandal, qui a travaillé avec des compagnies comme La La La Human Step ou avec Marie Chouinard, est une mordue des insectes.

«Je suis une amoureuse des insectes depuis que je suis toute petite. Je nourrissais les fourmis et je rentrais des chenilles et des papillons dans la maison. J’avais tout plein de livres sur les insectes», dit-elle.

Ses recherches pour les besoins du spectacle n’ont donc pas été trop laborieuses.

«On a choisi des insectes que tout le monde connaît. Je voulais mettre des charançons dans le spectacle, mais personne ne connaissait ça, alors il n’y pas de charançons dans le spectacle», dit-elle en souriant.

PLISSÉ PERMANENT

Courtoisie
Beaucoup de costumes du spectacle Ovo sont conçus dans un tissu de plissé permanent.

«Ça a été notre grande découverte», dit Liz Vandal.

Froissé, le tissu est enduit d’un produit.

Une fois séché, le tissu est étiré, créant du coup un rendu qui ressemble à un tissu humain ou animal.

«C’est de l’origami organique. En plus, c’est très confortable pour les artistes», note-t-elle.

Au total, une équipe d’environ 75 personnes a travaillé à la confection des costumes.

Une vraie fourmilière

«Le Cirque du Soleil, c’est comme donner à un bon nageur la meilleure piscine du monde.»

La comparaison est de Liz Vandal, qui en est à sa première collaboration avec le Cirque du Soleil en signant les costumes de Ovo.

«Avant, je créais des costumes et je devais aussi les fabriquer. Cette fois-ci, on m’a engagée comme conceptrice et ma tâche est de concevoir. Ça a été fantastique, dit-elle en pesant chacun de ses mots. On est tellement bien entourés, tellement bien soutenus.»

À la mise en scène de Ovo, Deborah Colker en est, elle aussi, à sa première collaboration avec la célèbre troupe québécoise.

«Le Cirque du Soleil respecte le désir qu’ont les créateurs de toucher les gens, de connecter avec le public», dit-elle en se balançant au bout d’un grand divan, au milieu de la salle de répétition.

«C’est une grosse structure avec beaucoup de gens, mais il y a un respect dans cette machine. Au Cirque du Soleil, on peut se demander: Qu’est-ce que l’art? Après, on peut répondre que c’est une grande aventure, pleine de passion.»

LES LONGS ET FROIDS MOIS D’HIVER

Originaire du Brésil, Gringo Cardia, qui a conçu la scénographie du spectacle, habite au Québec depuis huit mois.

«Ce n’est pas juste une expérience de travail, c’est une expérience de vie», dit-il en évoquant les longs et froids mois d’hiver.

«Mon père était météorologue au Brésil. Ici, la météo, c’est le sujet dont tout le monde parle chaque jour», note-t-il en riant.

Avant, Gringo Cardia avait l’habitude de piloter trois ou quatre projets à la fois.

«Avec le Cirque du Soleil, j’ai eu deux ans pour me concentrer sur le même spectacle. Ici, c’est une grande équipe où tout le monde peut partager ses idées. Tout le monde met l’accent sur le show. C’est vraiment formidable.»

UNE SCÈNE ORGANIQUE

Courtoisie
Ovo repose sur neuf numéros acrobatiques, dont un de grand volant, le plus impressionnant à être présenté sous un chapiteau du Cirque du Soleil.

«C’est le premier numéro que nous avons choisi et le squelette acrobatique du spectacle a été construit tout autour», signale Benoît Mathieu, directeur de production.

Le Grand volant s’approche d’un numéro de trapèze, avec ses deux chaises balançoires installées d’un bout à l’autre du chapiteau et sur laquelle les acrobates s’élancent.

«Le numéro est tellement grand que le filet est accoté, d’un côté comme de l’autre, sur la paroi de la tente. Plus loin que ça, on est dehors», dit Benoît Mathieu en riant.

Chaque soir, une trentaine de personnes, allant des artistes aux placiers, sont nécessaires pour étendre le filet d’un bout à l’autre du chapiteau.

«La première fois qu’on a monté le filet, ça nous a pris 45 minutes. En spectacle, il faut le faire en une minute et demie ou deux minutes», dit M. Mathieu.

ÉPARGNÉ PAR LA CRISE

Le spectacle compte aussi un numéro de fil mou, une sorte de corde molle sur laquelle un acrobate chinois se promène, parfois même en équilibre sur un unicycle.

«L’artiste qui fait le numéro utilise son propre équipement, alors il fallait en refaire un identique pour les besoins du spectacle. Nous sommes allés en Chine et on l’a fait.»

Ovo présente également un numéro de contorsion dans une toile d’araignée, un autre de rebond avec des trampolines et un large mur d’escalade, ainsi qu’un numéro d’équilibriste.

Comme pour Kooza, la commande était de concevoir un spectacle qui soit moins lourd à transporter d’une ville à l’autre.

«On utilise beaucoup de poulies et moins de mécanismes. C’est plus facile à transporter, c’est plus léger et on a moins besoin d’entretien», explique Benoît Mathieu.

Comme les autres spectacles de tournée, le budget de Ovo oscille entre 25 millions et 30 millions.

«On a été relativement chanceux parce qu’au moment où la crise économique a frappé, le spectacle était déjà très avancé», note le directeur de production.

AUCUNE LIGNE DROITE

La scénographie du spectacle a, quant à elle, été confiée à un autre Brésilien, Gringo Cardia, collaborateur de longue date de Deborah Colker.

«La scène devient l’endroit où vivent les insectes», décrit-il.

La scène a vaguement la forme d’un triangle aux coins arrondis. Tout au fond, un grand mur de 19 mètres de large sur huit mètres de hauteur est le terrain de jeu des acrobates qui y grimpent, s’y réfugient et l’utilisent comme une scène à la verticale.

D’énormes membranes trouées (la plus grande mesure 24 mètres de large sur 17 mètres de haut) tapissent le fond de la scène.

«Je voulais qu’il n’y ait aucune ligne droite, note M. Cardia. Je ne voulais que des courbes, plus organiques, qui reflètent davantage le monde des insectes», dit-il en précisant n’avoir utilisé que des couleurs de terre, comme le brun et le vert, pour ses créations.

Gringo Cardia a aussi conçu une énorme fleur qui déploie ses pétales sur scène pour les besoins d’un numéro de corde lisse. «Je voulais contaminer l’espace scène au grand complet pour que les spectateurs se sentent eux aussi dans le monde des insectes», dit-il.

Une chute d’eau est aussi recréée sur scène avec de la glace sèche, dont l’effet évoque aussi la rosée du matin.

Vidéotron