 |
|
© Le Journal de Montréal |
François Tassé et Gérard Poirier réunis dans un duel qui
témoigne d’une génération qui s’est fait violence. |
Cote des internautes
0/5
(Nbre de vote : 0)
|
|
|
HALPERN ET JOHNSON
Duel poignant sur un amour perdu
Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
26-09-2008 | 10h26
C'est un hommage à nos personnes âgées, à ces hommes et ces femmes dont on ignore le passé, les anciennes frasques et amours, peut-être des moments de vie teintés d'un je-ne-sais-quoi d'olé olé même, qui se déroule dans Halpern et Johnson sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe.
«Deux personnes mariées peuvent fort bien s'aimer si elles ne sont pas mariées ensemble», a un jour écrit Sacha Guitry. C'est ce qui est arrivé à Johnson et à la belle Florence Halpern, une Juive dont il a été amoureux pendant une cinquantaine d'années. Si ça n'avait été que d'eux, ils se seraient sans doute mariés au début de la vingtaine. Or, comme Johnson n'est pas juif, le père de la gente dame s'y était toujours opposé. Ils ont poursuivi leur route séparément, s'accordant des rencontres occasionnelles à l'insu de leur conjoint respectif.
Le jour des funérailles de Florence, la rencontre entre les deux hommes s'avère inévitable. Le grincheux et impulsif Halpern et le droit et cultivé Johnson, deux retraités aussi entêtés l'un que l'autre, découvrent alors qu'ils partageaient le même amour et toute l'étendue d'un jardin secret entretenu de main de maître par une femme adroite et passionnée.
Génération silencieuse
Certes, cette histoire parle à quelques baby-boomers et particulièrement aux gens de la génération silencieuse dont certains se sont peut-être fait violence pour entrer dans des principes, suivre la rectitude de l'époque du triomphe de la raison. Ceux-là applaudissent assurément l'oeuvre de l'auteur anglais Lionel Goldstein. Les autres ne pourront certes rester de glace devant ce texte qui traite de secrets, de mensonges, d'amitié, de mariage et de mémoire surtout.
Paroles d'hommes
Il est aussi question de masculinité, celle de ces hommes qui ont aujourd'hui autour de 70 ans, qui n'ont pas toujours parlé, qui ont souvent fait à leur tête, un brin machos, carapacés, sûrs d'avoir raison... Ils sont touchants. Comme Gérard Poirier et François Tassé, un duo d'acteurs à qui Monique Duceppe à la mise en scène a donné une place de premier plan, sans fioritures assommantes, sans effets qui auraient tranché avec la sobriété de l'affaire.
Une sobriété qui aurait pu se doter de plus de rythme ou d'une plus grande fluidité dans les dialogues livrés avec vérité. Même si le texte et la performance scénique attendrissent, certains passages viennent alourdir le propos, assombrir son tonus en quelque sorte.
Dans ce texte où trône New York en filigrane, ces hommes nous ramènent à nos aïeuls, à leurs secrets, à ce qu'on n'aurait peut-être pas osé imaginer à leur égard, à leurs amours, tendres ou déchues.
- Halpern et Johnson, de Lionel Goldstein, mise en scène de Monique Duceppe, avec François Tassé et Gérard Poirier. Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu'au 18 octobre.