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TNM - La passion avec l'élégance italienne
©TNM/orangetango
Détail de l'affiche de la pièce L'Imprésario de Smyrne
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TNM

La passion avec l'élégance italienne

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
28-04-2008 | 09h06
La galerie de personnages de L'Imprésario de Smyrne révèle sans pudeur, avec l'élégance italienne, ce que nous n'oserions jamais montrer de nous-même, nos pires failles. Tout en contrastes, à la fois excentrique et fine, cette envolée goldonienne sent le jasmin et le lilas. Delizioso.

Goldoni au printemps. Il n'y a pas de meilleur moment, il me semble, pour plonger dans ce bain de passion fougueuse, de comédie et d'exacerbation. Avec L'Imprésario de Smyrne au TNM, ce n'est pas parce qu'on est loin du psychodrame qu'on ne réfléchit pas sur la condition humaine. C'est ce doux alliage de légèreté, de frivolité et d'intelligence du propos qui fait la force du célèbre dramaturge vénitien né il y a 300 ans.

Dommage d'ailleurs que ses pièces soient si peu montées à Montréal. La Locandiera, mise en scène par Martine Beaulne en 1993, avait récolté un franc succès. Nous nous souviendrons sûrement aussi longtemps que cette dernière de l'histoire de cet imprésario turc (Alain Zouvi), qui de passage à Venise se voit courtiser par des jeunes acteurs sans le sou, pas toujours talentueux, qui tentent férocement de percer dans le monde du théâtre et de l'opéra au milieu du XVIIIe siècle.

Voir loin

Par mi ces ambitieux personnages hauts en couleur et peu reposants, trois cantatrices sans scrupules rivalisent pour le premier rôle, usant de leurs stratégies respectives faites de mensonges et de regards de louves, motivées par l'envie suprême d'être célèbres le plus rapidement possible, sans faire trop d'efforts, même si le talent n'est pas au rendez-vous. Tiens, tiens... Goldoni était visionnaire.

Sophie Cadieux, Pascale Montpetit et Sylvie Drapeau composent ce trio brillantissime, époustouflantes dans les robes de Marc Senécal, uniques à leur façon et portées dans leur interprétation par leur fougue respective de femme et d'actrice. La chimie entre les trois opère sans bémol. Viva Annina, Tognina et Lucrezia! Goldoni inventait des personnages qui connaissent leurs failles, ce qui malgré leurs plus désag réables facettes fait d'elles des femmes attachantes, des drama queens qui - on s'en confesse - ressemblent dans l'exagération à certaines d'entre nous.

Et ne vous attendez pas à les entendre trop chanter... La mezzo-soprano Catherine B. Lavoie s'en charge presque à elle seule avec pureté dans son rôle de servante.

Corps chaotiques

Ce n'est pas tant pour donner de l'emphase à la séduction que ces femmes indépendantes des hommes, sauf pour l'argent, usent de leur corps.

La mise en scène de Carl Béchard, dynamisée par un jeu très physique, fait de la corporalité et de la gestuelle des personnages de charmants lieux chaotiques, aussi désordonnés que ce qui se passe dans leur tête et sur scène.

Goldoni, qui a progressivement éliminé de son théâtre les masques de la commedia dell'arte pour montrer la vraie face du monde, n'en rate pas une pour étaler les travers humains. De quoi trouver matière à introspection.

  • L'Imprésario de Smyrne, de Carlo Goldoni, mise en scène de Carl Béchard, avec François Arnaud, Emmanuel Bilodeau, Catherine B. Lavoie, Sophie Cadieux, Pierre Chagnon, David-Alexandre Després, Sébastien Dodge, Sylvie Drapeau, Robert Lalonde, Rénald Laurin, Pascale Montpetit et Alain Zouvi.
  • Au TNM jusqu'au 10 mai.
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