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© Yvan Tremblay |
Louise Turcot et Julie Perrault. |
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LA PETITE PIÈCE EN HAUT DE L'ESCALIER
Angoisse et fascination
Claudia Larochelle
Journal de Montréal
01-03-2008 | 05h00
Il a fallu trop d’années avant qu’une
oeuvre de Carole Fréchette prenne
l’affiche dans le théâtre que dirige
Lorraine Pintal, metteure en scène de
cette création qui arrive en mars, juste
avant les bourgeons, tandis qu’il est
encore temps de nous glacer le sang.
La Petite Pièce en haut de l’escalier fait peur. Tout ce qui tourne
autour de ce lieu mystérieux et défendu fascine et suscite
l’angoisse. D’abord, il y a cet homme imposant d’autorité, cette
tension qui s’installe entre elle et lui, ces silences chargés, puis
l’intrigue de plus en plus suffocante à propos de ce que Grâce y
trouvera. «Il y a quelque chose qui effraie dans cette pièce-là,
peut-être que ça rejoint la peur des enfants quand on leur lisait
l’histoire de Barbe-Bleue…» estime Louise Turcot.
Grâce à une écriture sensible et lucide, l’auteure décrypte
aussi la psyché féminine. Les métaphores, symboles et références
sont nombreux, sans compter la poésie qui a envoûté
Louise Turcot et Julie Perreault dès la première lecture.
«C’est elle-même qui nous l’a lue, peu de dramaturges le
font, souligne cette dernière. Nous avons tout de suite été
parcourus de frissons. Dès ma première lecture, j’ai su que
j’avais affaire à une écriture puissante.»
«CREUSEUSE» D’ÂMES
«Elle n’a pas une écriture facile et superficielle, elle va vraiment
en profondeur, elle creuse dans l’âme et les sentiments
des gens», poursuit sa complice avec qui elle a partagé la scène
de La Nostalgie du paradis, de François Archambault, il y
a 8 ans. C’est la dernière fois que l’interprète du personnage
d’Anne a joué au théâtre. Depuis, ce sont beaucoup les réalisateurs
de télé et de cinéma qui la courtisent.
Diplômée du Conservatoire d’art dramatique, elle revient
donc aux sources dans ce rôle de soeur aînée, une travailleuse
humanitaire, terre-à-terre, équilibrée et stable en amour.
Tout le contraire de la rêveuse et éternelle adolescente que
joue Isabelle Blais.
«Ça rejoint beaucoup les contes de fées, les préoccupations
de leurs héroïnes. D’un autre côté, Grâce ment, elle n’est pas si
pure et fluide, elle se joue la comédie et fait comme bien des
jeunes femmes du monde actuel qui s’accrochent à des images
pour réussir à vivre», remarque celle qui incarne la mère.
LE MONSTRE ENDORMI
Plusieurs aspects de la vie féminine émergent donc de ce texte,
notamment dans les rapports de force entre les sexes. Les
liens entre la jeune épouse et son mari correspondent à ces
stéréotypes du couple et de la femme obéissante qu’on garde
sous verre, à l’abri de ce qui pourrait la heurter. Pourtant, un
monstre sommeille en elle comme dans cette petite pièce.
Ce lieu défendu ne renferme pas seulement quelqu’un ou
quelque chose… Il symbolise aussi une partie de nous soigneusement
laissée hors de notre propre portée, un sentier intérieur
qu’il faut un jour ou l’autre défricher, souvent au moment de passer
à l’âge adulte. Pour affronter cette petite pièce intérieure, certains
vont en thérapie, d’autres comme Carole Fréchette ont
choisi de prendre la plume.
- La Petite Pièce en haut de l’escalier, de Carole Fréchette,
mise en scène de Lorraine Pintal, avec Isabelle Blais, Henri
Chassé, Tania Kontoyanni, Julie Perrault, Louise Turcot,
Jean Régnier. Au TNM, du 4 au 29 mars.
Carole Fréchette en quelques mots
- Elle a d’abord été formée comme comédienne
à l’École nationale de théâtre du Canada.
- Elle a fait partie du Théâtre des Cuisines
jusqu’au tournant des années 1980.
- Elle a obtenu le prix du Gouverneur général du
Canada en 1995 pour sa pièce Les Quatre
Morts de Marie puis, en 1998, le prix Chalmers
pour la création de cette pièce en version
anglaise à Toronto.
- En 2002, à Avignon, le Prix de la Francophonie
lui a été décerné par la Société des auteurs et
compositeurs dramatiques (SACD). La même
année, elle recevait à Toronto le prix
Siminovitch, la plus importante récompense
en théâtre au Canada.
- Le Collier d’Hélène lui a valu en 2004, en
France, le prix Sony Labou Tansi. Cette pièce
vient tout juste de connaître une nouvelle
création à Jérusalem, au Théâtre National
Palestinien.
- Au cours des dernières années, on a pu voir ses
oeuvres au Québec, au Canada anglais, en
France, en Belgique, en Suisse, au
Luxembourg, en Allemagne, en Hongrie, en
Roumanie, au Liban, en Syrie, au Mexique, au
Sénégal, en Argentine, en Biélorussie, au
Portugal, aux États-Unis, à Cuba et au Japon.
