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©Journal de Montréal |
Louise Marleau et Gilbert Sicotte incarnent le coeur et l’âme, version Québec, des Grandes Occasions de Bernard Slade. |
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LES GRANDES OCCASIONS
Entre humour et drame
Claudia Larochelle
Journal de Montréal
10-02-2008 | 11h53
Il y a l'amour passion, l'amour cochon, l'amour polisson, l'amour charnel... celui qu'on perd et qui revient aussi, lors de grandes occasions. Celui d'un couple qui se sépare au bout de 20 ans d'union et sur lequel le Théâtre du Rideau Vert a jeté son dévolu, résolument inspiré.
Avec deux interprètes dotés d'autant de présence que Louise Marleau et Gilbert Sicotte, il s'avère difficile de manquer son coup et pour les artisans qui gravitent autour, de ne pas être inspirés. Ils auraient pu réciter l'annuaire téléphonique ou des passages d'une mauvaise traduction de Danielle Steel que ça n'aurait pas été tellement moins bon. Empreint de quelques perles de dialogues qui suscitent des fous rires unanimes, le texte des Grandes Occasions de l'Américain d'origine canadienne Ber nard Slade n'a d'ailleurs pas une consistance magistrale.
Dans la bouche de ce duo d'acteurs, les clichés (le mari qui part avec une petite jeune, la femme qui tombe en dépression, etc.) ont déjà un certain aplomb. Plus présents à l'écran que sur les planches ces dernières années, ils habitent tous deux la scène comme s'ils venaient de retrouver une chaumière confortable.
Une question de flamme
Cet habitat que Marleau et Sicotte explorent est celui de Louise et Michel. Quand la pièce débute, ce dernier est sur le point de quitter la maison. Dans quelques minutes, il montera dans un taxi. Une autre l'attend déjà ailleurs. Les trois enfants du couple n'en savent encore rien. Mais même si leur amour s'est effrité au fil des années, peut-être étouffé par une lassitude et un désir de nouveauté, il ne semble pas pour autant éteint. C'est cette petite flamme restée allumée entre eux, à l'abri des intempéries de la vie, qu'on retrouve scène après scène et qui garde les spectateurs dans l'espoir...
Au fil des années, les grandes occasions, comme un baptême, des funérailles ou un mariage, les rassembleront à nouveau, l'espace d'un moment, puis d'un autre. Toujours entre eux, ces sourires complices, ces souvenirs, ces blagues qui attendrissent ou choquent l'autre, et ces enfants sans lesquels ils ne se reverraient peut-être jamais. C'est à assister à ces retrouvailles successives qu'est convié le public. Autour du couple, de nombreux personnages secondaires interviennent, sans qu'on ne les voie. On y croit. Comme on croit à cet espace scénique qui n'a pas été abordé sur un plan réaliste à cause du nombre de lieux d'action. Trois escaliers qui ne permettent pas de se rejoindre symbolisent ces êtres qui se croisent sans s'atteindre. Bon flash d'Olivier Landreville aux décors.
Crise après crise
Quant à la mise en scène de Frédéric Blanchette, l'expérience et la sensibilité, à cheval entre humour et drame, de celui qui brosse des portraits de couples en crise transparaissent. Le Périmètre et À présent, sur lesquelles il a travaillé et où les personnages principaux, deux décennies plus jeunes que Michel et Louise, flirtaient avec ce même cynisme sur l'amour ne sont pas très loin dans l'énergie et la fougue. À quelques jours de la très enivrante fête de Cupidon, cette pièce désarmorcera peut-être quelques guerres entre amoureux. Quant aux coeurs esseulés, il y a là assez de matière pour se réconforter. Au moins une soirée.
Les Grandes Occasions, de Bernard Slade, mise en scène de Frédéric Blanchette, avec Louise Marleau et Gilbert Sicotte. Au Rideau Vert jusqu'au 19 avril.