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©Pierre Vidricaire/Le Journal de Montréal |
Brigitte Poupart |
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UN JOUR OU L'AUTRE...
Portrait polyphonique de Jeanne d’Arc
Claudia Larochelle
09-02-2008 | 04h00
«J’ai voulu rassembler des Jeanne d’Arc dans le
travail. Elles sont fortes, mais extrêmement
vulnérables, sensibles et ouvertes; ce sont ces
contrastes-là qui m’intéressent», précise Brigitte
Poupart, qui a su s’entourer de personnalités
féminines peu banales.
Quelle femme n’a jamais été happée
par l’histoire de celle qu’on surnommait
la Pucelle d’Orléans? En
menant victorieusement, à 19 ans
seulement, une armée d’hommes
dans les troupes françaises contre
les armées anglaises, elle s’est taillé
une place de choix au sein des
figures féminines emblématiques et
continue de fasciner des générations
d’écolières à qui on raconte
son histoire. Surtout quand on sait
qu’au début du XVe siècle, la partie
ne devait pas être gagnée d’avance
pour la courageuse.
Consciente de toutes les créations
entourant la vie de l’héroïne, notamment
au cinéma, du film des frères
Lumière à celui de Georges Méliès
l’année suivante, en passant par les
oeuvres de Roberto Rossellini et de
Luc Besson, Poupart s’est lancée
dans l’aventure avec l’intention d’insuffler
ses propres curiosités et
questionnements artistiques à sa
création. Ce qui donne une pièce
«spectaculaire» pour reprendre
l’expression de Monique Mercure.
DÉFRICHER DES AVENUES
L’artiste acquiesce à ce qualificatif,
sait qu’elle s’aventure hors des sentiers
battus. «J’aime intégrer plusieurs
médiums à un même spectacle.
Il y a toutes sortes de
spectateurs, certains vont accrocher
au texte, d’autres au visuel, d’autres
au son… exprime-t-elle. Quand on
fait de la mise en scène, il faut penser
à tous ces gens-là en même
temps. Si c’est juste du texte, on
perd une bonne partie d’entre eux.»
Autour de ce symbole de piété mis
au bûcher après un procès pour
hérésie, personnage qui n’est que le
point de départ au parcours de
femmes en contrepoint à ses propres
textes, elle a inséré des correspondances
de femmes
connues. George Sand, Louise
Michel ou encore Yolanda
Pulecio, mère d’Ingrid Betancourt,
font partie de ces révolutionnaires,
chefs politiques ou voix qui
s’élèvent dans une suite de tableaux
épurés et qui, comme Jeanne d’Arc,
vont au bout d’un idéal. La créatrice
brosse un portrait de ces dernières
dans leur époque respective.
D’UNE CÉRÉMONIE À L’AUTRE
C’est en créant Cérémonials, présenté
en 2004, un rendez-vous avec
le sacré et le profane dans une mise
en scène multimédia, qu’elle a
fomenté la prémisse d’Un jour ou
l’autre… «Quand je fais un spectacle,
ça jette les bases du prochain.
Avec Cérémonials, autour de la perte
de nos rituels, je me suis demandé
ce qu’on garde en mémoire de notre
héritage, ce qu’on fait du legs de nos
prédécesseurs. Jeanne d’Arc, qui
me fascine depuis toujours, a alors
ressurgi.
«Ce n’est pas parce qu’on met en
scène une femme dans un rôle de
femme que ça devient une pièce
féministe. C’est sûr que je suis féministe,
mais ce n’est pas ce qu’on
retrouve dans cette pièce», prétend
l’artiste.
«C’est un constat sur l’univers des
femmes, sur leur identité», poursuit
Mercure. Elle confie avoir toute sa vie
été obnubilée par l’injustice commise
envers l’héroïne, prisonnière d’un
procès grotesque, que cette pièce rappelle
à quel point plusieurs batailles
ne sont jamais gagnées, que plusieurs
y laissent souvent leur peau.
Un jour ou l’autre…, une pièce de
Brigitte Poupart, mise en scène de
Brigitte Poupart et Michel Monty.
Avec Brigitte Poupart, Betty Bonifassi,
Enrica Boucher et Monique
Mercure. Au Théâtre Espace GO du
19 février au 8 mars.