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Félicité - La nature humaine fort bien décryptée
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FÉLICITÉ

La nature humaine fort bien décryptée

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
05-11-2007 | 11h54
Maître des critiques sociales, un peu beaucoup baveux dans le choix des mots, Olivier Choinière propose, après son Venise-en-Québec, Félicité, une pièce qui gratte le bobo de plus de la moitié de la population québécoise, en proie à l'idolâtrie.

Ce qu'il y a de bien avec Choinière, c'est que même si le portrait qu'il dépeint des gens est cru et sans demi-mesure, les spectateurs - ceux qui se voient dans les protagonistes caricaturaux - ne se sentent pas méprisés pour autant. Comme le propos est habilement amené avec humour, la pilule passe mieux.

Dans Félicité, tout le monde est concerné, peut ravaler sa salive de travers avant d'éclater d'un rire un peu coupable. Qui n'a jamais voué le moindre mini-culte à un artiste? Qui ne s'est jamais délecté à la lecture d'un fait divers avant de s'indigner de l'événement? D'un côté, il y a le pseudo-bonheur rose nanan et clinquant des stars, de l'autre, le malheur des victimes de tragédie. Ils se partagent les pages couvertures de journaux et de magazines à potins. Beaucoup armi nous, comme les personnages de Félicité, les feuilletons en parlant au bureau le lendemain.

L'effet Céline

Le «bureau» imaginé par le dramaturge est un magasin à grande surface dans lequel quatre employés évoluent, tentant d'égayer leur morne routine en vivant par procuration grâce aux magazines la vie de leur idole, Céline. Pas le Céline du Voyage au bout de la nuit - un clin d'oeil amusant dans le texte de Choinière -, mais bien notre Céline nationale, dont le quatuor dissèque le moindre battement de cils avec un plaisir quasi orgasmique.

Parallèlement à sa fascination pour «la petite fille de Charlemagne», la Caro de l'histoire est aussi captivée par Isabelle, une jeune fille de Sherbrooke abusée physique et moralement par sa famille. Ces tragiques événements ont réellement fait les manchettes des quotidiens jusqu'au mois dernier.

D'un glam à l'autre

Habitée par un imaginaire fertile, la Caro, jouée avec une intensité impeccable par Isabelle Roy, transporte ses collègues et les spectateurs dans deux lieux; celui du royaume dionnien à Las Vegas, et l'autre, plus glauque, où la misère sévit parmi les coups et les paroles perverses. Témoins impuissants de ces mondes antinomiques, les personnages pathétiques à mourir, ne semblent même pas sur le point de devenir lucides, de reprendre contact avec leur propre réalité.

Sylvain Bélanger laisse d'ailleurs planer dans sa mise en scène une aura de folie qui se lit dans l'interprétation de Roy, mais aussi dans celle de Maxime Denommée, Roger La Rue et Muriel Dutil, dont certains monologues à eux seuls valent le déplacement.

  • Une pièce d'Olivier Choinière, mise en scène de Sylvain Bélanger, mettant en vedette Isabelle Roy et Murielle Dutil. Jusqu'au 24 novembre à La Licorne.
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