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L'ILLIADE
Original et déroutant
Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
19-09-2007 | 12h47
Parlerons-nous aussi longtemps de
L'Iliade que nous l'avons fait pour
L'Odyssée? Chose certaine, le
timing est plutôt bon pour recevoir comme une gifle un texte de guerre, pour s'apercevoir qu'Homère, au temps de l'Antiquité grecque, voyait peut-être déjà les foudres de la bêtise humaine s'abattre aussi sur le monde contemporain.
Tout nous parle d'aujourd'hui dans ce qui a pourtant été écrit autour des années 800 avant notre ère. Si, concrètement, la guerre qui a opposé Grecs et Troyens pendant dix ans fait penser à celle qui sévit au Moyen-Orient, L'Iliade pourrait aussi nous rappeler le combat mené par tout être humain pour faire sa place, être reconnu. Que le meilleur gagne.
Comme Achille, le meilleur devra se battre jusqu'au sang, pleurer et suer, défendre son honneur et celui de ceux qu'il aime. Celui-là est en chacun de nous. L'ennemi porte le visage de la société malsaine, de structures qui nous imposent un rythme de vie effréné dans des conditions malsaines.
Dans la nature d'Alexis
Fils spirituel de Jean-Pierre Ronfard, amoureux de justice et audacieux dans tout ce qu'il touche, notamment au Nouveau Théâtre Expérimental, qu'il codirige, Alexis Martin ne pouvait pas faire exception à sa nature de créateur en réalisant sa première mise en scène au TNM.
Sur cette scène convertie en café grec jonchée de tables, de chaises, de bouteilles et de verres de boisson, la guerre de Troie, récit central de L'Iliade, montre la colère d'Achille à la perte de son ami Patrocle, mort aux mains d'Hector. L'enlèvement d'Hélène et la présence des dieux comme Zeus, Athéna, Aphrodite et Apollon parmi les mortels sont aussi des piliers dans cette histoire complexe.
Si la scénographie, grandiose, exploitée en largeur comme en hauteur, est digne de mention, le jeu viril des acteurs exprime la force, la violence, l'orgueil et la passion. Capable d'incarner fragilité et vengeance, François Papineau est explosif en Achille, redoublant d'ardeur dans un duel contre Hector auquel Stéphane Demers donne une fougue captivante. Chez les femmes, Tania Kontoyanni passe d'Athéna à Hélène avec adresse et nuance.
Soupçons de notre temps
En cherchant à projeter notre présent dans la mémoire historique, Alexis Martin a entre autres donné une touche très moderne à cette histoire et aux personnages qui, hormis les dieux et déesses, sont vêtus comme l'homme de tous les jours. Des expressions modernes et références à nos moeurs qu'on n'imagine pas sortir de la bouche de héros grecs font aussi partie de ce spectacle déroutant d'originalité.
La proposition, très particulière, ne risque pas de plaire à tous les publics. Certains n'aimeront pas les variations sur deux époques, les longues lamentations, la deuxième partie qui s'étire avant le dernier combat. L'actualité demeure au coeur de cette histoire qui, à défaut de séduire d'emblée, suscite des réflexions sur la quête identitaire de chacun.
L'Iliade, d'après Homère, adaptation et mise en scène d'Alexis Martin. Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu'au 6 octobre.