Accueil Divertissement
 
JDM
Cote des internautes
0/5
(Nbre de vote : 0)

THÉÂTRE

La mort en maraude

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
25-01-2007 | 11h17
Céline Bonnier et Sébastien Ricard entremêlent leurs énergies pour donner un second souffle à la voix de l'écrivaine Virginia Woolf.

Entrer dans l'univers de Virginia Woolf, c'est se mettre un peu en danger soi-même. La mort rôde. La metteure en scène Brigitte Haentjens a réussi le pari de ressusciter l'écrivaine au-delà des complexités du personnage en contournant les traces des créateurs qui, avant elle, lui ont donné un second souffle.

Brigitte Haentjens a d'abord pensé adapter le roman Orlando de la célèbre Anglaise née à la fin du XIXe siècle. Elle s'en est abstenue, de peur de marcher dans les pas de Robert Wilson, qui s'y était déjà avancé. Le succès mondial du film Les Heures ne devait pas non plus influencer son regard sur celle dont elle voulait faire un portrait impressionniste.

Avec sa finesse et sa sensibilité, une de ses marques de commerce, Haentjens s'est aventurée dans les terres fertiles et ô combien labyrinthiques de Woolf. Avec le raffinement et la précision de la dentellière, elle a revisité les mots de l'auteure, empruntés à Orlando, mais aussi aux romans La Promenade au phare et Les Vagues.

Souffrances de l'âme

Construite comme une mosaïque autour des thèmes majeurs de l'oeuvre de Woolf, notamment le morcellement des identités, la mort, la vie, la mélancolie, la solitude ou encore l'ambiguïté sexuelle, Vivre ouvre une porte sur le rapport de Virginia avec la création et ceux qui ont nourri son monde.

À la fois figé et physique, le jeu, qui allie des contrastes aussi nets que vie et mort, début et fin, homme et femme, plaisir et déplaisir, accompagne le spectateur dans la séduction subtile, comme un doux frisson à chaque effleurement de chair entre les trois protagonistes.

Muse de Haentjens, Céline Bonnier, en Virginia, affiche son habituelle intériorité, déploie en un souffle l'intelligence du texte, qu'elle porte en elle comme une deuxième peau.

L'oeil ténébreux et figé, le port altier, celle qui avait incarné Sylvia Plath dans La Cloche de verre, toujours avec la même metteure en scène, sait afficher des plaies féminines comme autant de stigmates. Bien qu'à des mondes de Virginia, le fantôme de Sylvia semblait présent dans le ton et l'affliction, dans la rythmique des mots.

La normalité, un repère

La voix chuchotée, la fragilité dans la gorge et jusqu'au bout des doigts, dans le moindre geste, Sébastien Ricard passe de Leonard, son mari, à Orlando, son personnage androgyne, avec la résignation espérée, la vérité dans le faciès, exprimant sournoisement l'angoisse de l'être omniscient qui connaît la fin, de celui qui sait et qui demeure.

Marie-Claude Langlois, en soeur ou amie de l'écrivaine, sert de lunette extérieure pour Virginia, comme un baromètre de la «normalité» de la vie en dehors de la création. Un repère pour le public.

Puisque l'histoire passe par le texte, consistant, la scénographie, quasi vide d'objets, traduit le silence de la solitude créatrice que des projections visuelles tanguant entre le concret et l'abstrait appuient.

Mine de réflexions sur des préoccupations éternelles, Vivre évoque la gravité des déchirements intérieurs et de l'anticonformisme. Comme après une lecture de Woolf, un sentiment d'urgence se niche au fond de soi, comme s'il fallait susciter le mouvement, les cris, la grogne. Ne rien laisser sombrer dans la mélancolie, juste vivre.

  • Vivre, texte et mise en scène de Brigitte Haentjens, d'après Virginia Woolf. Avec Céline Bonnier, Marie-Claude Langlois et Sébastien Ricard. À l'Usine C jusqu'au 3 février.
    COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
    Moyenne des votes :
    Nombre de votes : 0
    LAISSER VOS COMMENTAIRES
    Écrivez vos commentaires :


    Vos cotes :


    Votre nom :


    Votre âge :


    Votre adresse électronique :




    Canoë se réserve le droit de ne pas publier une critique qui pourrait porter atteinte à la nétiquette.